L'accueil à Jasper est assuré par une troupe de
cerfs paissant tranquillement sur le bord de la route. Pas effrayés du tout par
la horde de furieux les mitraillant de leur objectif démesuré. Il faut dire que
la majesté et la force dégagée par ce grand mâle, coiffé de bois gigantesques,
a de quoi rassurer la plus peureuse des biches. Il est là, fier, faignant de ne
voir personne, comme s'il consentait à prendre la pose. L'impression de
voyeurisme nous saisit rapidement et gênés de faire partie de cette bande
d'enquiquineur, nous repartons direction "la civilisation".
Jasper ressemble aux villes que nous avons pu
croiser sur notre route depuis 6 mois, l'adjectif carré est approprié. La seule
différence à première vue est la rue "commerciale", qui aurait un air
de petite station de ski alpine. Bref, beaucoup de restaurants et beaucoup de
touristes.
Nous cherchons sans trop y croire un petit coin
pas cher pour dormir ce soir, mais notre motivation, après trois jours passés
dans la forêt, est surtout de prendre une douche. Nous nous résignons vite à
dormir dans la voiture. Tant mieux, cela ajoutera du romantisme à notre
expédition. Soulagés d'une nuit d'hôtel, nous décidons alors de fêter comme il
se doit notre anniversaire de 6 mois de Canada. Nous choisissons un petit
restaurant italien. Il est jouissif de se rappeler notre entrée dans le
restaurant, les cheveux gras, avec sans doute la légère et caractéristique
odeur des gens qui négligent leur toilette quotidienne. Dépareillés du reste de
la clientèle. Et les amis, quel festin ! Bon, il est vrai que l'addition fut
elle aussi démesurée, surtout que le restaurant n'avait d'italien que le nom...
Tant pis.
Repus, nous retournons à nos

appartements.
Bientôt installés dans notre
palace au confort très relatif, nous nous préparons à une nouvelle longue nuit.
Et comme d'habitude, après de longues heures, le soleil réapparaît donnant le
feu vert d'une nouvelle belle journée. En sortant, nous sommes surpris de
constater l'épaisse couche de glace qui recouvre la voiture. C'est pourtant
toujours l'été. Bref, nous repartons dans le parc pour une petite randonné
facile avec l'espoir de rencontrer un habitant de la forêt. Toujours pas
d'ours, au grand désarroi de Nono, mais encore beaucoup d'écureuils belliqueux,
un coyote et quelques oiseaux. Et Surtout, les clairières sont recouvertes de
givre, les lacs se cachent sous un vaporeux voile et la forêt est calme, comme
endormie. Nous sommes les premiers visiteurs. Lorsque l'atmosphère fini par se
réchauffer, on voit apparaître comme par magie les autres touristes de la
forêt. On les entend d'abord, parce qu'ils portent tous une petite clochette
sensée effrayer les potentiels prédateurs. Nous retrouvons notre voiture. Le
parking où stationnait notre unique voiture il y a quelques heures est
maintenant rempli. Nous reprenons la route direction Sorrento. Une longue
route, mais toute aussi belle, avec une halte imprévue au pied du Mont Robson,
point culminant de la chaîne des Rocheuses canadienne, et encore et toujours,
des dizaines et des dizaines de kilomètres sans la moindre habitation. Et quand
habitation il y a, ce n'est rarement plus qu'une station-service et la maison
du pompiste. Ah, le Far West...
Nous arrivons enfin à la maison, après un dernier tronçon de "route" qui s'apparentait plus à une piste du rallye des 1000 lacs, fatigués mais émerveillés, prêts pour une nouvelle journée de récolte.