Nous déambulons au milieu de la
ville au hasard des rues. On se disait que trouver un job dans le coin ne
devrait pas être compliqué étant donné qu'une boutique sur trois avait sur sa
vitrine une petite affiche indiquant la recherche de personnel. Cela nous
conforte dans l'idée de s'installer dans le coin et pour ne pas se laisser
aller au vent de la morosité, nous nous plongeons dans une fiction qui nous
donna le sourire. On s'imagine tomber sur un gars qui, nous voyant airer au
travers des rues comme des âmes en peine, nous loue un appartement meublé, pas
trop cher et bien placé. Bien évidemment, le gars connaît un autre type qui
cherche du monde dans sa boutique et qui nous embauche pour un petit boulot
sympa. Finalement, nous rencontrons pleins de gens bien cools qui deviennent de
bons amis avec qui nous passons les 4 mois qui nous reste de Canada en se
marrant et en buvant des canons. Ils auraient même des contacts
et les nouvelles seraient bonnes et pas trop cher... Finalement, de retour de nos fabulations, nous nous disons que trouver un appartement sans se casser la tête pendant 10 jours 24 heure sur 24 serait déjà pas trop mal et que nous nous en satisferons bien aisément.
Nous remontons le long des
remparts qui séparent la vieille ville des plaines d'Abraham, quand Sophie fait
remarquer les pancartes qui faisaient de la promo pour des studios. Nono, se
déclarant hors-jeu pour une tentative de visite sur le champ propose de
continuer la route et de commencer la journée du lendemain par là. Nous
arrivons au niveau de la rue Saint Louis, seconde artère de la vieille ville,
et nous redescendons en direction de l'auberge lorsqu'une nouvelle fois Sophie
fait remarquer une affiche sur une porte d'entrée qui propose la location à
court ou moyen terme d'un petit appartement meublé. Comme il n'est pas encore
interdit de rêver, Nono sort le téléphone, qui n'en est plus un, mais une
montroblocnoteréveilmatincalculatriçorépertoire, commence à rentrer le numéro
lorsque apparaît derrière nous une espèce de fou furieux qui, tout en
brandissant un objet non identifié, nous crie avec un fort accent québécois :
Ça va sonner ! Ça va sonner ! Nous crûmes tout d'abord à un déséquilibrer échappé
d'un quelconque hôpital psychiatrique, ce qui laissait entendre que ces rues
n'étaient peut-être pas si sûres. Nono allait se jeter sur le forcené pour le
plaquer au sol en criant à Sophie de courir, mais le gars qui avait baissé son
arme qui, soit dit en passant, était en fait un téléphone commençait à nous
décrire dans les détails l'appartement que l'on venait de voir sur
l'affichette. Il nous donne le prix. Un peu cher. En plus, il ne sera libre
qu'au premier décembre. Il nous propose une visite. Nous hésitons et puis, on
se dit que cela pourra nous servir de référence pour les prochaines visites.
L'appartement se trouve dans le même immeuble mais on y accède par la rue
sainte Ursule. Il fait sonner l'interphone plusieurs fois. Pas de réponse. Il
nous prévient que l'appartement est actuellement occupé par une petite vieille
et qu'ils ont un léger différent. Nous sortons dans la rue et prenons du recul
pour voir si les lumières de l'appartement sont allumées. L'appartement est
situé au dernier étage. Pas de lumière mais on peut apercevoir les reflets de
la télévision sur le plafond. Notre homme se décide à faire une entrée en force
si nécessaire. Sophie le suit. Nono, plus timide, propose de ne peut être pas
déranger cette brave femme qui sommeille sans doute dans un coin de
l'appartement. On grimpe les escaliers et des hypothèses se bousculent. Peut-être
que la vieille est morte. Peut-être qu'elle n'avait plus de sédocœur. Peut-être
a-t-elle été assassinée par un sadique.
Peut-être même que c'est cet
homme qui nous avait paru un peu dérangé. Et si c'était un piège. Et tout ça
pour visiter un appartement pas disponible avant 25 jours... Il cogne à la
porte. Pas de réponse. Il cogne de nouveau et prévient : "Si vous êtes là,
ouvrez !». Pas de réponse. Il prévient encore. "J'ouvre maintenant
madame". Et il ouvre la porte. Trop tard pour reculer. Devant nous, la clé
de l'énigme. L'appartement est vide. Placards vides, frigo vide. Seul l'évier
est plein. Tour d'horizon. Grands sourires. C'est comme si on avait frotté une
lampe magique et le loueur en serait le bon génie. Nous nous mettons d'accord
pour signer le bail et prendre possession des lieux demain matin 8h30. Nous
quittons notre futur appartement et allons au cinéma voir un film avec Monsieur
Dupontel.