Avoir un logement à soi quelque part vous
autorise à vous y sentir un peu chez vous. Le cadeau que nous a fait le
destin nous permet de vivre nos premiers jours à Québec de la manière la
plus décontractée possible. Nous découvrons peu à peu les rues et les
fortifications de la vieille ville assis sur un petit nuage.
L'atmosphère
parait incroyablement détendue. La ville est magnifique. Le trafic
restreint au sein des murs de la vieille capitale offre aux piétons une
certaine hégémonie très agréable. Nous prenons donc doucement nos
marques et quelques vieilles habitudes reviennent aussi vite qu'elles
avaient disparus. Le pain frais, Charlie Hebdo, la bière dans le
frigo... Bref, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire dans le
blog, nous voilà habitant de la ville Québec, avec nos petites habitudes
et quelques visages nous sont déjà familiers.
Oui mais voilà ! La première semaine n'est vite
plus qu'un souvenir et la cruelle réalité pécuniaire nous oblige à redescendre
de notre petit nuage. Notre bon génie reviendra vite frapper à notre porte pour
nous réclamer le loyer de décembre...
Sophie est une fois encore la plus prompte à
l'action. Elle retourne avec un CV à la boulangerie de la première journée.
Elle y retournera le lendemain pour rencontrer la patronne. Elle commencera le
surlendemain. Nono, lui, tâte le terrain. Après un premier round d'observation,
il postule un poste de disquaire dans une boutique du style de la Fnac dans la
rue Saint Jean. Une petite semaine d'aller et retour entre l'appartement et le
magasin pour finalement recevoir une lettre expliquant Ô combien on y était
presque et que quand même on vous souhaite bonne chance pour la suite. S'en
suit une petite croisade et pas mal de CV déposés mais après deux bonnes
semaines de recherches, plus ou moins acharnées en fonction du temps et de
l'humeur, toujours pas la moindre touche. Broucouille le Nono ? Sophie a déjà
rapporté la première paye et le gaillard est toujours en vacances...
Alors un matin, après avoir surfé sur une
nouvelle vague d'indifférence, c'est avec une légère mais certaine exaspération
qu'il retourne sur le site d'offre d'emploi de la ville de Québec. Une annonce
vient juste de paraître. Le job est au 48 rue Sainte Ursule. Nous habitons au
70... Il met son manteau et file sans trop se poser de question. Il arrive
devant un restaurant d'aspect très discret. L'intérieur l'est beaucoup moins.
Le maître d'hôtel s'approche avec une condescendance difficile à égaler -Le
restaurant est une référence de la gastronomie et sa réputation est à la
hauteur de l'addition-. Il ne semble pas au courant et repart sans un mot. Nono
allait faire de même, mais surexciter par le côté "Monsieur, votre bite à
un goût !" des lieux, il se prépare à en découdre verbalement avec le
maître d'hôtel présomptueux. Celui-ci revient et s'en laisser le temps à une
éventuelle diatribe, il demande à Nono un numéro de téléphone car on recherche
bel et bien quelqu'un... pour faire le ménage.
Le rendez-vous avec la responsable se passe très
bien. On offre un salaire raisonnable, pas beaucoup d'heure, du mercredi au
dimanche, le matin et en parfaite autonomie. Il faudra faire un petit effort de
gestion de l'orgueil pour nettoyer les chiottes qui sont toujours propres. Il
est vrai que quand on bouffe pour 200 dollars, on en profite un max et on chie
pas trop vite...