
Vous le savez, le Canada n'est pas très âgé et la
culture des hommes qui le peuplent aujourd'hui ne s’est pas écrit ici. Son
histoire et celle de ses alentours, si l'on remonte les siècles et les
millénaires, est celle des nations indiennes, Iroquoise, Salish, Haida,
Huron... Les noms des provinces, des villes, des rivières... prouvent si besoin
est que le Canada a été peuplé par d'autres hommes. On parle en France de
minorité visible. Invisible est plus approprié ici et le sujet semble tabou si
on a bien compris. Pendant le temps que nous avons passé à Vancouver nous
n'avons pas eu de contact, de près ou de loin, ni entendu parler des indiens d’Amériques.
Le musée d'anthropologie, dédié en grande partie à la culture amérindienne, ne
nous a pas donné beaucoup plus de réponses. Quelques informations çà et là nous
permettent quand même de dire qu'ils n'ont pas disparu. Ils vivent en grande
partie dans des réserves, en campagne, ne paient pas d'impôts ni de taxes et
n'ont pas forcément une grande côte de popularité auprès des autres canadiens.
Finalement, après presque 6 mois de Canada, nous
allons être amenés à les rencontrer. Un repas est organisé par la communauté
amérindienne de Chase à 15 minutes de route de la ferme. Pour info, ils font
partis de la nation Secwepemc. Colleen et son ami Patrick s'y rendant, nous
décidons, malgré le prix conséquent du repas, de les accompagner. En plus, il y
aura de la musique alors... Nous n'avons en fait aucune idée de ce qui nous
attend. Nous arrivons devant une vieille bâtisse décrépite. Nous sommes en
avance. Les gens arrivent tout doucement. Quelques amérindiens sont là
également, presque exclusivement des femmes qui s'affairent à la préparation du
repas. Puis, un attroupement attire notre attention. Les femmes, toujours
elles, arrivent armées de pelles et commencent à creuser des cendres encore
fumantes. Après quelques efforts, elles mettent à jour une couche de tissu,
puis des branches de sapins, puis encore du tissu, et finalement, des petits
paquets et des pommes de terre. Pendant ce temps, nous dégustons du saumon fumé
séché, la petite douceur traditionnelle. Un homme arrive et demande si
quelqu'un parle français. Nous sommes ravis de nous manifester. Nous échangeons
quelques mots puis c'est l'heure de passer à table. Nos compagnons de route se
sont installés avec des amis. Nous sommes invités à trouver une place. Deux
jeunes francophones seront nos vis avis pour la soirée. Speatch, chants
traditionnels, puis re-speatch et buffet. Nous avançons timidement vers les
mets, un peu perdus. Soupe de poisson, cerfs, saumons et œufs de saumon,
squashs, pomme de terre, haricots... et thé aux écorces composent ce menu aux
saveurs... particulières. Deux autres allocutions, une sur l'agriculture
responsable et une autre sur la difficile condition de l'agriculteur amérindien
aujourd'hui solennise un peu plus l'ambiance. Pour tout avouer, nous ne sommes
pas très... comment dire, à l'aise. Une tombola dédramatise un peu l'ambiance.
Il est vrai que l'assistance formée essentiellement d'euro-américain, donne à
ce repas quelque chose de condescendant, et le costume de colonisateur gavé que
nous portons malgré nous ce soir est très désagréable. Les regards des gens de
la nation Secwepemc ne sont pourtant pas chargés de mépris, mais il y a quelque
chose dans leurs yeux et dans leur attitude qui nous interdit tout échange.
Deux cowboys montent sur scènes pour chanter comme il était prévu tandis que la
salle se vide. Il ne reste bientôt plus que très peu de monde malgré
l'application dont font preuve les deux musiciens. Coleen et Patrick, désormais
seul à leur table viennent nous faire part de leur très grande fatigue et nous
demandent de partir. Il n'est pas 10 heures. De toute façon, c'est mort pour le
pow wow et le calumet de la paix. Nous partons, un peu déçus par ce manque de
communion entre les hommes, encore.
2 commentaires:
dommage que cette soirée se soit terminée comme ça, ça aurait pu être super intéressant en effet de partager des choses avec ces indiens...mais c'est sûr qu'en une soirée, ça suffit sûrement pas.
Alors qu'on s'accorde à dire que le fléau de notre société est la violence et tout le monde en est conscient....
Sans rire, la perspective d'une soirée chapeau d plume nuage de fumée et calumet peut faire rêver dans ce cas je comprends votre déception mais avouons qu'à leur place nous aurions sans doute laisser échapper une légère dose de rétissence également.
Mais consolez vous en vous disant qu'après qq rencontres ils auraient bien vu la richesse des 2 personnages que vous faites, j'en suis certain!!! Gros bisous les apaches
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